Que pense-t-on de la lutte contre le GCO ? [2/4] – 1ère partie « Recruter, S’organiser »

Comme promis et avec un peu de retard désolé, voici la 2ème partie de notre analyse de la lutte contre le GCO au regard du podcast Recruter, s’organiser, se protéger de floraisons.blog, lui-même inspiré de l’ouvrage Full Spectrum Resistance. Nous l’avons divisée en 2 parties car il y avait trop de choses à dire!! La suite en fin de semaine promis! Bonne lecture et n’hésitez pas à commenter!

Afin de comprendre ce qui fait que l’on s’engage dans une lutte, l’auteur prend l’exemple de la Coalition pour une Afrique du Sud libre à l’Université de Columbia en 1985 et la façon dont le groupe a été surpris de l’engagement de centaines de nouveaux membres au moment où ils et elles sont passés de la tactique des marches à l’occupation d’un bâtiment. // L’occupation physique d’un lieu créé une forte synergie et cela dépasse le principe des manifs desquelles on rentre bien sagement chez soi. D’où l’intérêt d’une zone d’occupation pour faire vivre la lutte et tant pis si cette zone n’est pas exactement sur le tracé.

« Les gens se battent quand ils pensent qu’ils vont gagner (ça paraît évident dit comme ça mais on l’oublie souvent), nous avons besoin de victoires même petites, sur le chemin d’un plus grand succès. Nous allons voir comment cela est décisif pour un groupe ou une organisation, et sa capacité à atteindre et recruter de nouveaux membres. » // A partir du moment où les travaux du GCO ont démarré, trop de gens ont pensé que nous n’allions pas gagner ce qui a dû contribuer à la défaite.

« En étudiant les parcours individuels des activistes, de comment ils et elles en sont arrivé.e.s à s’engager dans une lutte, on note la récurrence de certains schémas. Comprendre ces schémas peut nous aider à toucher de nouvelles personnes. Les résistant·es font face à des luttes difficiles qui demandent d’abandonner certains privilèges, d’entrer parfois en conflit avec son entourage, de risquer son confort, parfois sa propre vie, sans avoir la certitude de voir la victoire advenir. Comme on s’en doute, la plupart des personnes ne feront pas ça. À quoi ressemble un ou une résistante et comment devient-on radical ?

– Dans les expériences de comportement social et psychologique, les personnes qui résistent ont un certain type de caractère, elles refusent de se conformer et d’abandonner. Elles sont en général intelligentes et prévenantes, sûres d’elles-mêmes, un peu rebelles mais capables de nouer des relations avec les autres. Les résistant·es ont la réputation d’être de grands rebelles mais les plus efficaces sont rarement des ermites ou des solitaires car la résistance fonctionne grâce à des actions de groupe. » // Et pour mener des actions en groupe, il nous faut un minimum d’organisation, juste pour rappel 😉 « Les membres de la Résistance Française par exemple n’étaient pas des franc-tireurs inadaptés, marginaux, irrationnels, mais des individus avec une exceptionnelle et solide qualité mentale, prêts à rompre avec leurs amis et leur famille si besoin. Nous allons voir plus en détail que trois ingrédients clés sont nécessaires pour qu’une personne passe de dissidente à résistante active : l’expérience personnelle, des catalyseurs de radicalité et les préalables à l’action. »

Expérience personnelle

« Beaucoup de personnes résistantes ont fait l’expérience directe d’une oppression ou d’une injustice très tôt dans leur vie. Assister aux injustices de près peut aussi avoir un effet de radicalisation. Ces expériences vont de paire avec une méfiance envers l’autorité, puisque les abus arrivent souvent de la part de figures d’autorité. Et presque toujours ces personnes ont fait l’expérience de l’échec des méthodes traditionnelles ou peu risquées de changement social, comme les manifestations (les marches pour le climat), ou le lobbying (les pétitions). Avec la fin des illusions grandit la méfiance envers le pouvoir. Souvenez-vous bien de ce point, un ou une radicale ne sort pas de nulle part : pour devenir radicale, une personne doit au préalable s’engager suffisamment dans un changement social ou politique jusqu’à ce qu’ils échouent, et se poser des questions. » // A la ZAD du Moulin, des personnes de différents niveaux de radicalité sont venues. Peut-être avons-nous beaucoup mis l’accent sur le mode de vie alternatif dans notre communication en général, ce qui a pu dissuader des personnes motivées par le côté « destruction de l’ancien monde » avec des actions organisées plus que « construction du nouveau monde ». La ZAD du Moulin a aussi été un lieu refuge pour bon nombre de personnes qui sont marginalisées par ce système injuste. Nous avons constaté qu’il y avait pas mal de personnes avec des addictions. C’est la société capitaliste, en créant des souffrances psychologiques à des millions de personnes par les conditions matérielles qu’elle engendre qui crée nombre de ces addictions. Le problème des addictions est qu’elles n’aident en général pas les gens à agir, à être en pleine possession de leurs capacités. De plus, cela créé parfois des tensions. On oublie alors le but initial de la ZAD et ce vers quoi devrait être concentrée notre énergie. Aussi, pour l’État, garder les drogues illégales (surtout le cannabis) reste un bon moyen de mettre une pression judiciaire sur des militant.e.s ou tout individu sortant un peu trop du lot.

Catalyseurs de radicalité

« Pour surpasser un sentiment d’impuissance, de défaite et de dépression, les personnes doivent laisser de côté le pessimisme individualiste et adopter un optimisme radical. L’éveil politique à la radicalité passe en partie par la compréhension que si les discriminations touchent les individus, elles ne se résument pas à des problèmes individuels car elles ont des causes systémiques. Faire l’expérience d’une oppression n’est pas suffisant pour fabriquer un ou une radicale. Il faut du temps, des outils et des personnes. Du temps d’abord pour examiner ces expériences, parfois pendant une rupture avec le quotidien, pendant un voyage, pendant le chômage, un séjour en prison etc. » // A la ZAD, le rapport au temps est très différent, on peut se permettre de vraiment prendre le temps des moments de réflexion ce qui est très rare ailleurs. Ce lieu a permis à beaucoup de réfléchir à leurs vies, de se poser la question de ce qu’ielles veulent vraiment faire. On est tellement toujours en train de courir, que c’est un lieu de prise de recul pour beaucoup de monde.

– « Il faut aussi des outils analytiques pour comprendre le monde, qui peuvent être variés, ce sont les philosophies politiques, le socialisme, le marxisme, l’anarchisme, le féminisme et même certaines œuvres ou mouvement artistiques. » // Une des limites que nous avons pu observer est le refus parfois de passer du temps et de l’énergie à comprendre des concepts pourtant si utiles pour développer notre esprit critique. C’est tellement plus simple de dire « C’est Babylone le problème » ! Nous avons clairement manqué d’un espace de stockage pour des livres, des brochures d’infokiosque et de temps et d’énergie pour proposer des ateliers de transmission de savoirs…

« Enfin il faut des personnes avec qui pouvoir en parler et agir, dans des espaces où l’on se sent en sécurité avec des gens qui partagent des expériences communes. » // On sait que certaines minorités (vegan, trans…) ne se sont pas senties bien à la ZAD du Moulin et nous le déplorons.

Préalables à l’action

« Bien, la personne a pris du temps pour réfléchir et comprendre, elle a des idées radicales c’est parfait. Mais maintenant pour qu’elle puisse passer à l’action, elle a encore besoin des choses suivantes :

  • Un groupe de personnes pour mener des actions. Seule et sans action, elle entrera dans une spirale défaitiste. » // Nous avons eu du mal à constituer un groupe de confiance et un minimum stable puisqu’il y a eu beaucoup de passages. Le manque de stabilité d’un groupe est un facteur limitant dans l’efficacité de ce groupe.

  • « Des modèles, c’est à dire d’autres gens ou d’autres mouvements pour l’inspirer » // Les gilets jaunes et les autres ZAD merci !

  • « Un récit mental de comment arrive un changement social

  • Le sentiment que la victoire est possible ou une menace imminente » // Nous avons eu ce sentiment à la ZAD mais il a manqué au reste du mouvement contre le GCO, c’est clair.

  • « Du temps disponible. C’est une des raisons pour laquelle on trouve beaucoup de radicaux jeunes, universitaires, ou issus de la frontière entre prolétaires et classes moyennes. Ils et elles sont suffisamment aisé.e.s pour survivre dans la société, mais pas trop au point de devenir complaisant avec le système. Ces personnes ont accès à des outils intellectuels qui catalysent la radicalisation. // Cette analyse marxiste des militant.e.s ne s’est pas appliquée tout à fait à la ZAD du Moulin. De toute façon, les ZAD sont des milieux de brassage social assez intense, ce qui est hyper intéressant dans une société rarement mixte socialement. En même temps, il est plus difficile de s’organiser ensemble lorsqu’on ne vient pas du même milieu social (pas les mêmes codes sociaux, différences d’expériences, incompréhension de l’autre…).

– Pour recruter du monde dans la lutte, il y a différentes manières de procéder qui dépendent des objectifs que l’on souhaite atteindre. C’est super bien détaillé dans le podcast. A la ZAD du Moulin, nous avons recruté de manière très large dans un but de « faire venir plein de monde » sans trop gérer le côté organisation de toutes ces personnes. L’opération Phoenix (reconstruction d’une cabane sur le chantier) a déstabilisé beaucoup de personnes qui n’étaient pas prêtes à une telle violence policière et à la lourdeur d’une garde à vue. Beaucoup de gens sont donc venus par curiosité, étaient de passage dans le coin et nous avons eu du mal à gérer cela dans une perspective de lutte. L’organisation d’événements festifs aide beaucoup à recruter de nouvelles personnes et à motiver du monde. Nous avons organisé peu d’événements (carnazad et soirée punk) par manque de personnes motivées et un peu expérimentées pour cela. Après, comme nous l’avons vu dans le précédent épisode du podcast, on ne peut pas être à la fois sur le front de la lutte et dans l’organisation d’événements surtout dans des conditions de vie précaires (merci à l’asso vegan Bastards pour la soirée anti-GCO au Molodoi !). « Si vous devez agrandir le groupe pour massifier, attendez peut-être d’avoir un noyau qui fonctionne. » // Peut-être avons-nous agrandi le groupe trop rapidement sans avoir de noyau vraiment formé. « Tissez les liens solides, qui sont indispensables pour maintenir le groupe dans les moments difficiles. Ces liens humains sont souvent plus importants que la recherche de pureté idéologique au sein du mouvement, même pour les groupes radicaux. » // Il est à noter que des liens très forts se sont créés à la ZAD du Moulin et que malgré les difficultés rencontrées, nous avons vécu un hiver et un printemps dans une relative harmonie et beaucoup d’amour et ça c’est pas rien ! D’ailleurs, c’est grâce à cela que la ZAD mobile a pu naître et qu’elle œuvre à présent pour aider des ZAD à se monter et à être connues (support communication notamment).

Entraîner et retenir

« Les mouvements grandissent quand ils sont capables de consolider le groupe, d’entraîner et de retenir leurs membres à l’intérieur. Cela ne sert à rien de recruter de nouvelles personnes si vous ne pouvez pas les retenir au sein du mouvement. La suite du podcast donne des conseils pour que les personnes qui arrivent aient envie de rester (environnement accueillant, répartition des tâches, résolution de conflits…). // Sans un noyau dur de personnes organisées, nous aurions de toute façon eu du mal à appliquer ces conseils !

Groupes et organisation

Aric McBay propose l’exemple de la lutte Stonewall à New York en 1969, « une émeute entre autres des homosexuel·les, personnes trans, non-blanches et drag queens contre les agents de police qui avaient pour habitude de les harceler. L’emplacement géographique et social de Stonewall a été décisif. La communauté présente et active de Greenwich Village a permis de consolider et faire grandir le mouvement de libération gay. C’est une leçon qui concerne à la fois les libéraux et les radicaux. D’importants progrès peuvent être réalisés en combinant action et organisation. Nous avons déjà vu que les libéraux ne comprennent pas le rôle clé des militants radicaux dans un mouvement de résistance. Mais de leur côté, trop souvent les militants radicaux ne comprennent pas le rôle important que des organisations modérées peuvent jouer dans un changement radical. Certes, l’activisme militant est essentiel, indispensable pour une résistance victorieuse. Mais pour gagner du territoire, les gains obtenus par le militantisme le plus offensif doivent être incorporés dans des organisations durables et dans la vie de tous les jours. La critique est valable pour les militants comme pour les modérés, les deux doivent sérieusement apprendre à s’écouter et comprendre le rôle clé de chacun dans cet effet de cliquet : les petites organisations militantes offensives poussent la résistance en avant, et les grands groupes modérés défendent et consolident les gains ainsi obtenus. Attention donc au seul spectacle de l’émeute, à cette obsession militante qui peut nous faire négliger la valeur du travail de base d’organisation. Le pouvoir étant de plus en plus concentré, centralisé, et les technologies de contrôle de plus en plus développées, le besoin d’une résistance organisée n’a jamais été aussi grand. » // Il y a eu une incompréhension entre les militant.e.s radicaux de la ZAD du Moulin et le collectif GCO non merci, les deux auraient gagné à ne pas cesser de se soutenir mutuellement. Notre impression est quand même plus d’avoir été lâché.e.s par le collectif que l’inverse, même s’il est clair que de notre côté, certaines personnes ont eu tendance à grandement négliger l’organisation, les réunions et à faire passer l’action comme plus importante que la pensée, l’organisation… Bref, cessons de nous diviser et respectons les moyens d’action des un.e.s et des autres et n’arrêtons pas de nous soutenir mutuellement !!

Ci-dessous, un résumé d’un texte dont nous vous avons parlé dans le précédent épisode : La tyrannie de l’absence de structure :

« La tension entre organisation et spontanéité informelle n’est pas nouvelle. Déjà dans les années 70, la féministe Jo Freeman mettait en cause l’absence de structure dans les cercles de discussion, qui devient un moyen de masquer le pouvoir, et les privilèges des personnes qui ont l’habitude de prendre la parole. Un groupe de discussion informel peut être excellent pour élever le niveau de conscience de ses participants. Mais si le groupe veut aller plus loin et s’engager dans des actions plus spécifiques, il doit adopter une structure : « Les règles de prises de décision doivent être ouvertes et accessibles à tout le monde, et ceci ne peut avoir lieu que si elles sont formalisées ». Éliminer les structures hiérarchiques et autoritaires est très important pour qu’un groupe se démocratise, mais il ne doit pas pour autant rejeter toute structure. Des personnes comme Barbara Epstein ou l’auteur Aric McBay, ayant participé à des rassemblements pendant le mouvement antimondialisation ont exprimé leurs inquiétudes sur l’absence de structure. D’autant que si la police a amélioré ses méthodes de contrôle et de répression, nous n’avons pas de notre côté amélioré nos modes d’organisation. C’est un sujet sensible et c’est une personne qui se méfie terriblement de l’autorité qui vous parle : l’absolutisme moral de la pensée anarchiste est difficile à maintenir dans un contexte de mouvement social. Les mouvements ont besoin de leaders (de personnes qui entraînent les autres). Nier cet aspect ne nous débarrasse pas des leaders mais nous conduit au déni que nous avons des leaders parmi nous, à leur absence de remise en cause démocratique, et à la difficulté de les remplacer le moment venu. Bien sûr, certains anarchistes dans l’histoire ont bien compris cette tension et le besoin de s’organiser, comme ce fut notamment le cas des anarchistes espagnols pendant la guerre civile contre l’armée fasciste de Franco. Ils et elles ont formé des milices de combat, avec leurs propres officiers élus pour mener certaines batailles de terrain, en posant des limites à leurs privilèges. On a compris que le rejet d’une structure est une impasse, et que l’organisation et la structure d’un mouvement déterminent quel genre de tactiques il va pouvoir utiliser. Si les grands mouvements libéraux de masse ne sont pas propices au secret, les cellules clandestines sont nulles pour mobiliser les masses. Le problème est que beaucoup de groupes s’organisent d’une certaine façon en fonction de leur valeurs personnelles, idéologiques, et ensuite essayent de décider ce qu’ils vont faire. Il faut réfléchir dans l’autre sens. Nous avons besoin d’organisation, la seule question est : quel type d’organisation ? » // A la ZAD du Moulin, nous avons confondu organisation et hiérarchie et avons cru qu’il était possible de ne pas s’organiser, grave erreur dans une lutte où nous étions très exposé.e.s… Si nous avions réussi à nous organiser, nous aurions eu une équipe qui se charge de l’anti-répression et qui aurait pu brieffer tout le monde sur l’importance de ne pas parler en garde à vue avant l’opération Phoenix. Nous avons bien compris qu’il ne suffit pas de distribuer un petit papier à tout le monde à ce sujet pour que cela fonctionne. Au final, les gendarmes ont fait parler la totalité des personnes arrêtées. Nous ne leur en voulons pas et avons conscience de l’origine de cela, à savoir notre manque d’organisation. Là, il ne s’agit pas simplement de la gestion d’un lieu de vie, de la comm’ ou de l’orga d’une fête mais de la sécurité juridique de beaucoup de personnes et on ne peut pas se permettre de jouer avec cela, les conséquences peuvent être trop graves.

Tensions organisationnelles

« S’organiser efficacement dépend de nombreux facteurs : objectifs et stratégies, culture et expérience des résistant·es, répression de l’État, et capacité de communication et de logistique. Voilà pourquoi il n’y a pas une bonne façon, universelle, intemporelle, dogmatique, d’organiser un mouvement ou un groupe de résistance, mais il y a des tensions fondamentales que les groupes résistants doivent considérer avec attention. Par exemple, est-ce meilleur pour un groupe d’être petit et de confiance ou bien large et tentaculaire ? Est-ce préférable d’avoir une planification centralisée ou bien totalement participative où tout le monde prend part à chaque décision ? Faut-il faire appel à un grand nombre de volontaires ayant le même statut, ou bien faut-il un noyau d’organisateurs entraînés ? La réponse à ces questions dépend des objectifs et de la culture du mouvement. Un groupe qui veut faire de l’éducation populaire et de la propagande a des besoins organisationnels très différents d’un groupe qui s’engage dans un conflit direct. » // La suite du podcast est très intéressante et compare différentes luttes passées en fonction de différents paramètres (grand groupe vs petit groupe, pas de règles vs des règles etc). Nous allons en étudier une partie au regard de ce que nous avons vécu sur la ZAD.

Il est question du « factionalisme, c’est à dire le morcellement en fragments divisés et en compétition, qui est une des choses les plus dangereuses qui puissent arriver à un mouvement. Le succès devient presque impossible. Pour éviter le factionalisme, nous devrions laisser de côté notre égo pour ne pas afficher de division en public, régler nos affaires entre nous, et combattre publiquement et avec unité notre ennemi commun. » // L’ennemi commun n’a plus été le même lorsque le collectif GCO non merci a décidé de ne plus lutter contre l’autoroute mais plutôt contre le couloir à camions (qui en sera un si le GCO se fait) et aussi… contre la ZAD !

Consensus vs hiérarchie

« Aïe sujet difficile pour les anarchistes. Est-ce qu’un mouvement de résistance est plus efficace lorsqu’il fonctionne par pur consensus ou quand il y a une hiérarchie claire ? Quels sont les avantages et inconvénients des différentes approches ? Les choix possibles s’étalent sur un spectre qui va de l’autorité rigide d’une armée para-militaire jusqu’à la souplesse du processus de consensus. Et encore une fois, ça va vous surprendre, mais la réponse dépend de l’objectif que veut atteindre le groupe. Le spectre des prises de décision en groupe peut s’illustrer ainsi :

  • Ordonner « Voilà le problème et ce que nous allons faire. Allez le faire »

  • Vendre « Voilà le problème , et ce que nous allons faire, et pourquoi j’ai pris cette décision. Allez le faire »

  • Tester « Voilà le problème et ma solution, qu’est-ce que vous en pensez ? » et le plan peut changer

  • Consulter « Voilà le problème, qu’est-ce vous pensez qu’on devrait faire ? » écouter les idées et choisir la ou les meilleures

  • Co-créer « Voilà le problème, imaginons une solution ensemble »

Chaque partie du spectre a ses avantages et inconvénients. Plus nous sommes directifs et plus les décisions peuvent être prises, réalisées et évaluées rapidement. Et plus nous sommes participatifs, plus les stratégies et organisations créées seront fortes car riches de perspectives différentes. En revanche le consensus peut prendre beaucoup de temps, ce qui devient compliqué en situation d’urgence. // Cela nous rappelle la prise de décision pour l’opération Phoenix. Nous avions prévu de construire la cabane lors de la marche pour le climat à Pfettisheim afin d’avoir le soutien de la masse en vain, il n’y avait pas assez de monde et trop de gendarmes planqués un peu partout autour de la zone d’après des témoins. Le soir même, il fallait décider si on la faisait dans la nuit au risque d’une surveillance accrue des forces de l’ordre ou si on attendait quelques jours au risque de perdre du monde. La réunion a été compliquée, nous étions une trentaine et il fallait décider. Nous avons pu observer des prises de pouvoir malvenues et à la fois, toutes les personnes en présence étaient d’accord sur le principe de reconstruction puisqu’elles étaient là. Si nous avions eu un groupe de confiance « spécialisé » dans la prise de décision stratégique et rapide, ce groupe aurait pris la décision point barre.

La suite du podcast présente 4 types élémentaires de prises de décisions utilisés par les mouvements de résistance : classement par rang, hiérarchie dynamique, règle de la majorité et consensus. « Pour résumer la tension entre consensus et autorité : il ne faut pas être dogmatique, il n’y a pas qu’un seul mode de décision possible et acceptable. Il y en a plusieurs, qui dépendent des situations particulières. »

L’importance des groupes clandestins

« Mais pourquoi est-ce important que tout le monde en entende parler ? Parce que tout le monde au sein d’un large mouvement de résistance doit comprendre que les mouvements bénéficient d’une diversité d’approches différentes, et que ces mouvements peuvent être renforcés grâce à l’existence de cellules clandestines. L’histoire de la résistance clandestine est pertinente et intéressante, elle peut nous inspirer et nous apprendre. Au vu de l’accélération de la surveillance et de la répression, il se pourrait que cette question nous concerne de plus en plus personnellement. Pour des raisons de sécurité, les groupes clandestins prennent du temps à se constituer. Ces réseaux doivent être construits bien avant qu’une urgence se présente pour le mouvement. » // Nous nous battons pour le futur, pour pouvoir continuer de vivre et pas que contre le GCO, celles et ceux qui se sentent sont invité.e.s à s’organiser en groupes clandestins, ça sera toujours utile vu l’avenir qu’on nous prépare…

Modéré vs militant

« Est-ce que les groupes sont plus efficaces quand ils jouent le jeu des dominants pour avoir l’air respectable, ou bien quand ils font tout leur possible pour perturber le système de pouvoir ? William Gamson confirme la supériorité des groupes qui choisissent la deuxième option : la résistance. Utiliser des tactiques indisciplinées pour perturber, discréditer, embarrasser les opposants augmente les chances de succès. Bien sûr, il est difficile d’atteindre un objectif quand il est révolutionnaire. Mais dans tous les cas, une approche militante avec un but ambitieux offre un plus grand pouvoir de négociation, de provoquer des concessions. Gamson conclue qu’un groupe efficace idéal serait militant, prêt au combat, bien organisé, avec des objectifs clairs. La finalité devrait être radicale, avec un objectif à court-terme à la fois dans lequel s’investir, en rejetant les limites institutionnelles de la révolte « respectable ». Que plusieurs groupes soient « en compétition » pour le même objectif n’apporte pas vraiment de différence. En revanche quand ces groupes ont des niveaux différents de militantisme, les modérés ont tendance à avoir plus de succès au dépend des militants. Les groupes qui ont recours à des destructions matérielles ont un taux de succès beaucoup plus élevé, et ceux qui refuse d’utiliser l’auto-défense quand ils se font attaquer ont un succès négligeable dans cette étude. Une opinion est souvent répandue à gauche comme quoi la « violence » serait le dernier recours d’un groupe inefficace qui accélère son échec en augmentant la répression et l’hostilité à son égard. Les conclusions de l’étude vont à l’inverse de cette croyance : L’usage de la «  violence » naît au contraire d’une impatience créée par la confiance en soi-même et par une efficacité croissante. L’usage de la violence par un groupe n’est donc pas un signe de faiblesse du groupe mais un signe de faiblesse de l’ennemi. La violence ne garantit pas la victoire, mais ne l’empêche presque jamais. » // Cela développe encore l’idée que nous avions évoquée dans la 1ère partie, à savoir qu’il ne faut pas refuser la violence de manière dogmatique, ce qui a été le cas dans la lutte anti GCO.

« Pour conclure, il existe de nombreux modèles organisationnels différents. Ils peuvent tous être des outils efficaces et puissants pour un changement radical s’ils sont utilisés de façon appropriée. Pas forcément besoin de choisir un modèle standard, une organisation définitive et dogmatique, les mouvements les plus forts sont constitués de plusieurs groupes qui se complètent les uns les autres, pour couvrir l’ensemble du spectre de résistance. »

Merci de nous lire et un grand merci pour le travail de floraisons.blog qui nous est très utile! La suite portera sur la sécurité dans nos milieux radicaux (sécurité informatique, gestion des personnes qui posent problème…) A bientôt !

Des zadiens

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