Que pense-t-on de la lutte contre le GCO? [2/4] – 2ème partie « Se Protéger »

Après avoir vu comment recruter de nouvelles personnes et les bienfaits de l’organisation dans une lutte, voyons à présent comment nous protéger des flics mais aussi de personnes nuisibles…

« Les mouvements de résistance menacent le pouvoir et le fonctionnement d’un système d’exploitation établi. Les puissants essayeront toujours de les infiltrer, de les attaquer et de les détruire. Voici de précieux outils pour se protéger.

Pare-feu

Les mouvements de résistance se protègent grâce à un pare-feu entre organisation à visage découvert et organisation clandestine. Les groupes à visage découvert peuvent communiquer et mobiliser un grand nombre de personnes, et se protègent en agrandissant leur soutien dans la population. Les groupes clandestins ont d’autres objectifs, comme fuir la persécution, publier certains contenus, l’action directe etc. Ils ont besoin d’une organisation différente, basée sur le secret et des pratiques sécuritaires, le mélange des deux peut être dangereux et contre-productif. Pour éviter l’infiltration, les membres d’un groupe de résistance à visage découvert ne peuvent pas être simultanément membre d’une organisation clandestine. » // A la ZAD, nous n’étions pas assez nombreux.ses, les lieux de vie étaient trop petits et nous étions beaucoup trop exposé.e.s. Il était compliqué d’être à la fois sur zone pour faire vivre la résistance « géographique », participer aux manifs donc fiché.e.s… et mener des actions directes. Bravo à tou.te.s celles et ceux qui ont mené ce genre d’actions !

Culture de sécurité

La culture de sécurité est un ensemble de bonnes pratiques pour augmenter la sécurité des groupes politiques à visage découvert face à la répression, tout en évitant la paranoïa excessive qui peut paralyser. La règle de base consiste à ne pas demander ou fournir d’informations autrement que sur le strict minimum nécessaire.

En public ou en privé :

  • Ne parlez pas de votre implication ou d’une autre personne dans un groupe clandestin

  • Ne parlez pas de votre désir ou celui d’autrui de rejoindre un groupe clandestin

  • Ne demandez pas aux autres s’ils ou elles sont membres d’un tel groupe

  • Ne parlez pas de votre participation ou celle d’autrui à des actions illégales

  • Ne parlez pas de plans d’une future action dont vous avez connaissance

  • Ne mentionnez pas d’horaires, lieux ou personnes spécifiques

  • Ne parlez surtout pas aux agents de la police ou du gouvernement, // point de vigilance : le boulot des flics est avant tout de faire du renseignement, même s’ils viennent juste nous voir pour « s’assurer que tout se passe bien » sur nos lieux de vie, ne l’oublions pas !!

  • Ne laissez pas la police entrer chez vous sans mandat

  • En cas d’arrestation, ne dites RIEN à part votre nom, prénom, adresse et date de naissance.  

N’oubliez pas que l’État de droit est une farce, que la loi est un outil de domination et que les agents de police sont autorisés à bluffer, à vous menacer etc. Les flics n’ont pas à s’identifier, ils sont même obligés de vous mentir pour faire leur travail, ils sont entraînés à vous faire craquer. Les informations dont ils disposent proviennent souvent de témoignages, alors ne parlez pas. La paranoïa à l’intérieur du mouvement et les accusations non fondées peuvent parfois être plus douloureuses et dommageables que la répression elle-même. Les fausses accusations peuvent mener à la mort de certaines personnes. La sécurité est plus une question de comportement que de personne, il vaut mieux s’en prendre au comportement plutôt que d’accuser sans preuve. // Nous avons connu des montées de paranoïa dues à des soupçons concernant certaines personnes. Attention, les rumeurs courent très vite. Cela tend le groupe et n’aide pas à se faire confiance. Il nous fallait trouver un équilibre entre paranoïa excessive et confiance aveugle et naïve, ça c’était pas facile…

Une bonne pratique protège les informations dangereuses même en présence d’agents infiltrés. Se méfier du sexisme, du racisme, et de tous les comportements abusifs qui sont utilisés par les indics pour détruire les groupes. Si quelqu’un compromet la culture de sécurité, parlez-en en privé avec tact, partagez des informations. Ne laissez pas ces comportements devenir des habitudes, exclure si nécessaire. // Nous avons dû faire face à des comportements oppressifs (notamment sexistes) et n’avons pas été assez uni.e.s pour y faire face. D’où l’intérêt de mettre en place rapidement des « règles » anti-oppression, qui plus est si cela peut protéger le groupe d’infiltrés utilisant justement une culture oppressive pour nous diviser.

La Culture de sécurité augmente notre sécurité mais ne l’assure pas totalement. N’importe quelle action contre le pouvoir en place peut nous mettre en danger. Le but de la résistance n’est pas d’être le plus prudent possible mais le plus efficace possible. Les plus prudent·es sont celles et ceux qui ont le plus de chance de survivre mais généralement, c’est la seule chose qu’ils et elles ont achevé. 

La police ment, les résistants ne devraient jamais coopérer. Il ne faut pas non plus parler d’actions illégales passées avec d’anciens camarades qui ressurgissent plusieurs mois ou années plus tard, ils sont peut-être devenus des informateurs. De cette étude l’auteur dégage 3 leçons essentielles :

  1. C’est incroyable comme les règles de bases de sécurité sont très souvent ignorées par les jeunes mouvements alors qu’elles sont quasiment applicables à tout mouvement de résistance. C’est comme s’il fallait systématiquement passer par un désastre au niveau sécurité avant de se mettre à y réfléchir sérieusement.

  2. Ces outils, quand ils sont utilisés de travers, peuvent être très dommageables pour les activistes. Des règles de sécurité excessives ou mal employées isolent les groupes, empêchent les alliances possibles, et provoquent des comportements abusifs à l’intérieur du groupe. De nombreux groupes à visage découvert s’essoufflent et disparaissent car leur paranoïa empêche d’accueillir les nouveaux membres et dégoûtent les membres existant·es. Une paranoïa excessive est un vrai obstacle qui entrave la résistance et qui peut être exacerbée par le gouvernement.

  3. Chaque mouvement contient une forme de comportement abusif ou simplement de la méchanceté entre les membres. Et ce comportement est souvent légitimé par une mauvaise conception de la Culture de Sécurité. C’est tragique car les mouvements ont à la fois besoin d’une sécurité stricte, mais aussi de soin les uns envers les autres.

Faire profil bas

Les personnes qui font la promotion de l’action clandestine veulent maximiser leur visibilité, par contre celles qui veulent s’engager dans des actions clandestines risquées essayent de faire profil bas. Elles évitent d’attirer l’attention en se cachant sous une couverture personnelle inoffensive. Elles gardent une apparence discrète, ordinaire, en règle, bien rangée. Si ces personnes font la promotion de la résistance sur internet, elles utilisent des noms alternatifs, cachent leur IP, leur identité. // D’où l’importance de se former sur la sécurité informatique et d’avoir des gens formés et des outils (brochures, livres…) sur place pour que tout le monde puisse apprendre sur ce sujet. Voir à ce propos le docu Nothing to hide (https://fr.wikipedia.org/wiki/Nothing_to_Hide)

« Les réseaux sociaux comme Facebook sont souvent évités par la résistance clandestine car ils fournissent à la police des données sur les connexions entre militant·es. » // Attention à Facebook, même si on n’est pas dans des groupes clandestins, cette entreprise est le Vinci du numérique. Pour s’attaquer au capitalisme, est-ce utile de lutter contre une multinationale en en renforçant une autre ? Certes, Facebook permet d’atteindre plus de monde mais comme dit précédemment, si on ne s’organise pas derrière, on perd l’intérêt de ramener du monde. Nous pourrions passer massivement sur d’autres réseaux sociaux alternatifs comme Diaspora. « D’une manière générale, attention aux informations sensibles et personnelles en ligne car les activistes sont souvent harcelé·es. » Nous sommes beaucoup trop dépendant.e.s de Facebook pour la communication externe, autant anticiper tout de suite le jour où toutes nos publications seront censurées (certains groupes Facebook de la gauche radicale subissent déjà de la censure, perdant jusqu’à 95 % de vues en quelques jours). De manière générale, développons la culture du numérique libre si on veut aller vers un monde libre. On ne retourne pas le système contre lui en utilisant ses outils car il est très fort et peut finir par nous absorber…

Soin pour les autres

« Être attentif aux autres, prendre soin de nos camarades est souvent l’outil de sécurité le plus important sur lequel on doit mettre l’accent. Ce souci pour autrui manque malheureusement trop souvent dans les milieux militants, pourtant agir avec soin et amour pour nos camarades et camarades potentiels constitue un impératif révolutionnaire absolu. » // Ouf, cela nous n’en avons pas manqué en général !!

Les personnalités difficiles

« Comme déjà évoqué, quand des personnes censées être des alliées sont hostiles, destructives, ou carrément abusives, cela présente un plus grand danger pour le groupe que la répression extérieure. Pour que nos mouvements gagnent, nous devons assurer la sécurité physique et psychologique de nos camarades. C’est un schéma trop récurrent pour être ignoré : Les personnes destructrices sont parfois impossible à distinguer de policiers infiltrés (à part que les flics sont payés pour faire ça). Elles peuvent être des organisateurs agressifs, dominateurs, misogynes, qui incitent au conflit et quelquefois des agresseurs sexuels. Mais les autres ferment les yeux sur ces comportements car ces personnes ont l’air impliquées, dévouées pour la cause. » // A la ZAD du moulin, des personnes misogynes ont aussi été acceptées même étant peu dévouées pour la cause !!

« Rien ne ralentit plus la construction d’un mouvement qu’un misogyne. Pas seulement les insultes, les viols ou les coups, mais même les comportements dominants plus subtils comme l’arrogance, ou le refus de laver sa vaisselle renforcent les inégalités. » // Nous avons observé que c’était souvent des femmes qui râlaient par rapport à la vaisselle et qui essayaient d’organiser le rangement et la propreté des lieux de vie. Les stéréotypes de genre sont bien ancrés même dans nos milieux…

« Voici quelques conseils pour jeter les bonnes bases.

  1. Fermement établir des normes communes. Faites clairement savoir que les membres doivent se traiter avec respect et que les comportements oppressifs ne sont pas tolérés, par exemple dans une charte, dans un règlement interne. Si un problème surgit, intervenez rapidement avant qu’il ne devienne une habitude.

  2. Ateliers anti-oppression. Proposez à un maximum de membres des ateliers pour prévenir ce genre de comportement, et intégrer ces acquis dans les pratiques de groupe. Parlez-en dans des groupes non-mixtes pour faire ensuite progresser tout le groupe.

  3. Introspection. Parfois la personne difficile, c’est vous. Eh oui, même si c’est difficile à accepter. Réfléchissez à la fréquence à laquelle vous prenez la parole, la place que vous prenez, et aux privilèges qui font que vous avez tendance à commander (privilège blanc, hétéro, homme, de classe etc) .

  4. Facilitation. La majorité des gens est bien intentionnée et prête à prendre des décisions par consensus. Mais il y a toujours les quelques éternels individus difficiles, narcissiques, chicaniers, qui rendent ce processus compliqué. La monopolisation de la parole, les blocages, le passif agressif sont des comportements qui peuvent être réglés en utilisant des outils de facilitation, de médiation, de résolution de conflit.

Quand le comportement persiste

Parfois le problème est trop profond pour être réglé rapidement au cours d’une réunion, il peut découler d’un traumatisme, d’addictions, ou de troubles mentaux. Parfois ces personnes difficiles sont réellement de bonnes personnes. Mais elles tirent vers le bas l’ensemble des membres, et c’est au-delà des compétences et des objectifs du groupe. Les autres personnes, épuisées, vont se mettre à quitter le groupe, et la personne corrosive va prendre de plus en plus d’importance. Il faut briser le cercle vicieux avant que le groupe tourne à l’eau de boudin .

Nous devons agir avec empathie et soutien émotionnel, apporter de l’aide, tout en gardant à l’esprit que les graves problèmes de santé mentale ne seront pas résolus au cours d’une réunion d’un groupe de résistance. Un groupe de résistance n’est pas le lieu idéal pour les thérapies, pas plus que pour les opérations chirurgicales à cœur ouvert.

Certaines personnes sont sociopathes, souvent des hommes, et ils sont très attirés par les groupes militants. Ils agissent de façon impulsive sans se soucier des conséquences pour les autres ou pour eux-mêmes. Ils peuvent mentir, voler, se battre, mettre en danger tout le monde. Les activistes doivent savoir que certaines personnes de ce type changeront extrêmement difficilement de comportement. C’est difficile à admettre quand on rêve d’une société idéale où tout le monde participe joyeusement aux décisions, sauf que ces personnes n’éprouvent aucun remords à transgresser les consensus, à trahir.

Sélection

Plutôt que d’avoir un groupe totalement ouvert, essayez de choisir des personnes qui pourront bien travailler ensemble en laissant de côté les personnes corrosives. Grâce à une méthode d’invitation ou d’évaluation ou de sélection. Si ce n’est pas possible, structurez le groupe de façon à ce que les personnalités difficiles ne puissent pas empêcher les autres de travailler.

Exclusion

Si vous avez suivi les conseils du chapitre « Recrutement », votre groupe dispose d’un processus d’exclusion, il suffit de le suivre. Sinon, parlez aux autres membres du groupe et obtenez un « mandat » pour faire partir la personne. Ce n’est pas un truc marrant à faire, surtout quand on veut être le plus inclusif possible. Bien sûr être inclusif c’est accueillir les personnes d’horizons différents, racisées, de différentes religions, sexe, orientation sexuelle, façon de penser etc. Mais être inclusif ce n’est pas accueillir les personnes qui empêchent le groupe de fonctionner correctement.

C’est difficile à admettre mais dans tout mouvement, certaines personnes sont des atouts, d’autres sont des charges et il arrive qu’une seule personne soit suffisamment toxique pour détruire le groupe entier. Cela peut même devenir un sérieux problème pour tout le mouvement : si un ou une activiste se fait insulter, humilier, attaquer, trahir, son expérience dans les milieux militants peut la décourager pour des années ou pour toute sa vie. Au contraire si nous maintenons notre organisation accueillante et sûre, nous serons récompensés par la venue de nouveaux membres passionnés. Il s’agit de l’outil de sécurité le plus puissant dont nous disposons.

La semaine prochaine, nous vous proposerons le même type d’analyse de notre vécu à la ZAD du Moulin au sujet des communications en interne, du renseignement, du contre-espionnage et de la répression… Bonne lecture à tou.te.s !

Des zadien.ne.s

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